Connectez-vous

Nouveau numéro

DETECTION PASSION N° 133 Novembre/Décembre 2017
Couverture
Voir le sommaireAjouter à votre panierVoir toute la collectionAbonnement au magasine

Rechercher sur le site

Le Moyen Age "l'ère barbare"

image

Avec la Guerre des Gaules (1), Jean de Lyon nous avait habitué à appréhender différemment l’Histoire, d’une façon que devraient adopter tous les professeurs des écoles pour intéresser leurs élèves. Il réitère cette fois ci avec le Moyen Age.

imagePar Jupiter quel foutoir ; le Moyen Age débute vraiment mal ! Après la mort de Valentinien number trois, l’Empire romain d’Occident (c’est bien le nôtre) se trouve en complète déconfiture. Tous les Barbares qui bavaient d’envie aux frontières n’attendaient que ça depuis environ quatre siècles. Ils déferlent sur Rome et y font les quatre cents coups ! Les empereurs romains, nommés entre deux orgies par les occupants barbares, s’usent très vite ; leur règne dure environ ce que peut durer une gueule de bois... Maxime dure quelques mois en 455, Avitus s’accroche un an, de 455 à 456, Majorien fait mieux avec presque cinq ans jusqu’en 461.

Ensuite ça défile, les empereurs règnent de quelques jours à quelques mois, et finissent toujours bien sûr d’une mort atrocement violente, ce qui ne facilite pas le recrutement du suivant malgré le goût du pouvoir. Les frappes monétaires sont du même acabit, imprévisibles et décadentes, petites, de poids léger et de mauvais aloi, les pièces de cette époque ne sont pas très belles mais par contre peuvent être très rares ; surveillez vos poêles. Les Barbares, toujours taquins et grands enfants, se font un devoir de choisir de nouveaux empereurs affublés de noms à coucher dehors : Libius Sévère,

Anthémius, Anicius Olybrius, Julius Nepos, Glycerius et le petit dernier Romulus Augustule. Augustule, qui était un jeune enfant ne fut même pas tué (la honte !), mais carrément éjecté de son trône par Odoacre, le roi de la tribu des Hérules. Un peu fayot quand même, Odoacre voulut offrir à l’empereur d’Orient, le dénommé Zénon, tout l’Empire d’Occident. Le Zénon qui se tenait bien peinard faisait bombance à Byzance-Constantinople ; il n’en avait rien à faire de cet Empire d’Occident plein de Barbares, et il laissa tomber tout ce petit monde en prononçant cette fameuse phrase historique : “C’est
pas une poubelle ici !”.


imageLes Barbares, omniprésents et entrés dans l’Empire par toutes les portes sans même les ouvrir, règlent son sort à Odoacre et envahissent ce qui reste de l’Empire romain d’Occident, c’est le début du Moyen Age, période relativement obscure qui va durer la bagatelle de mille ans.
Mais avant de savoir ce qui s’est passé pendant tout ce temps, un petit break s’impose, histoire de mieux faire connaissance avec ces sacrés Barbares, qui, il faut bien l’admettre même si c’est gênant quelque part, sont les aïeux de la plupart d’entre nous.
Les Barbares doivent leur nom aux Grecs, qui nommaient ainsi tous les peuples qui ne parlaient pas grec, “barbares” étant une onomatopée sensée imiter ce parler étrange : bla bla, glou glou, tagada tsoin tsoin, bar bar.
Venus de l’est de l’Europe, tous ces Barbares étaient en fait des Germains provenant de nombreuses tribus n’ayant aucune unité entre elles. Un écrivain romain d’un accord facile, nommé Tacite, et qui vivait au deuxième siècle, avait assez bien décrit ces peuples : “Les Germains (hommes de guerre) forment une race dont la pureté ne s’est point altérée en se croisant avec d’autres peuples. Ils sont partout les mêmes. Ils ont tous le regard farouche et les yeux bleus,
les cheveux blonds, de grands corps vigoureux, habitués à endurer le froid et la faim, mais peu résistants à la chaleur et à la soif” . Question soif, c’est tout à fait ça !

Le fabuleux trésor de Szilágysomlyó

En bas à droite, ce médaillon en or à l’effigie de l’empereur Valens (364-378) illustre bien les difficultés de l’armée romaine à vaincre les Goths à la fin du IVe siècle, du moins à les contenir dans leurs frontières au-delà du Danube.
Ce fantastique objet fait partie d’un ensemble de médaillons dont le diamètre moyen avoisine les 6 centimètres, et dont le poids tourne autour des 200 grammes. Celui-ci, avec ses 10 cm de diamètre et son poids de 407 grammes est le plus important médaillon
connu du monde romain !
Il fut découvert en 1797 par un jeune berger hongrois qui ramassait des prunes à Szilágysomlyó (actuellement Simleul Silvaniei en Roumanie). Le trésor comprenait 17 médaillons, dont plusieurs sont aujourd’hui “perdus”, tous équipés de bélières de suspension rapportées.
A cette époque avaient également été trouvés des anneaux d’or, des pendants et une chaîne à laquelle sont suspendues 52 amulettes du précieux métal.
L’histoire de ce trésor rebondit en 1889, lorsqu’un travailleur journalier découvre en plantant des patates sur la même parcelle un incroyable ensemble de 73 bijoux en or et pierres précieuses, pour un poids total de 8 kilos !image
On pense que ces médaillons avaient été offerts aux rois goths par l’empereur Valens (364-378) afin d’acheter la paix, une paix toute fragile cependant puisque, pressés par les Huns en 376, les Goths envahissent et pillent la Mésie et la Thrace. Valens voulant contenir cette invasion et éliminer les Barbares, trouve la mort à la bataille d’Andrinople (Turquie). Les Goths ravagèrent les Balkans, puis finalement mirent à sac Rome en 410.
Les médaillons ont probablement été conservés plusieurs décennies par une haute famille aristocratique puisque le trésor a été enfoui dans le deuxième quart du Ve siècle. Ces trésors sont aujourd’hui conservés aux musées de Vienne (Autriche) et de Budapest (Hongrie).
A noter que si vous découvrez un jour semblables choses (ça existe, la preuve !), il sera inutile de les vendre sous le manteau, d’une part parce que ça déforme les poches, et puis parce que vous aurez toutes les polices sur le dos.

 

imageMais laissons continuer Tacite : “Ils ont peu de métaux, quelques-uns se servent d’épées et de lances, ils portent des piques et des haches qu’ils nomment des framées, garnies d’un fer étroit et court. Les cavaliers n’ont que la framée et le bouclier, les hommes à pied ont des javelots qu’ils lancent à des distances prodigieuses. Peu soucieux de parures, ils se bariolent de couleurs, ils vont nus ou s’habillent d’une saie légère attachée avec une agrafe. Les femmes sont vêtues d’étoffes de lin rayées de pourpre qui laissent découverts leurs bras”. Question bagatelle, on ne rigole pas : une seule épouse est permise, sauf pour les plus riches qui peuvent en avoir plusieurs, mais dans ce cas ils deviennent rapidement pauvres, alors... Pas d’écriture non plus, car l’encre gèle dans les encriers ; le savoir est transmis oralement par des poésies et des chansons qu’il faut apprendre par coeur, comme chez les Gaulois. Quand ils ne font pas la guerre, les Barbares chassent un peu, mais le plus souvent ils restent à buller sans rien faire devant l’emplacement du poste de télé qui n’a pas encore été inventé (je précise pour les mal-comprenants), à grignoter quelques cuissots de sanglier, car ils
aiment bien aussi dormir et manger. Ils passent ainsi des journées et des nuits entières, nus auprès du feu, à manger
et à boire ; quelle horreur ! Les plus braves et les plus belliqueux sont les plus oisifs ; ils laissent sagement la conduite de leur famille aux femmes et aux vieillards. Leur raison de vivre est la guerre ; la paix leur est insupportable. J’en connais quelques-uns qui auraient bien aimé vivre à cette époque.

imageEn fait, sous la dénomination collective de Germains, pas mal de tribus sillonnèrent le sol de la Gaule envahie. Certains, comme les Alains, pas malins, les
Saxons, tous des ...., ou les Vandales, des mauvais garçons ceux-là, n’ont pas vraiment laissé grand chose, sauf peut être quelques chromosomes çà et là dans nos gènes, mais d’autres trouvèrent notre pays sympa et posèrent les valises pour de bon. Ce sont les Visigoths, les Bourguignons et surtout les Francs. Les Francs, d’un blond roux, relevaient sur le sommet du front leurs cheveux qui formaient une aigrette et retombaient à l’arrière en queue de cheval ; ils portaient aussi des moustaches qui leur tombaient de chaque coté de la bouche. Vêtus d’habits en toile serrés, ils portaient un large baudrier où pendait leur épée. Leur arme favorite était cependant une hache à un ou deux tranchants, au fer épais et acéré et au manche très court, la fameuse francisque. Ils commençaient le combat en balançant leur hache contre le bouclier de l’ennemi pour le taquiner un peu, ou alors si possible ils la lui lançaient en pleine poire, histoire de se fendre la gueule (oui, je sais, elle est facile).

Après ce petit intermède, ils utilisaient une arme secrète appelée hang ou angon, c’est à dire “hameçon” en patois local. C’était une pique assez courte avec la pointe armée de plusieurs crochets tranchants ; le bois du manche était recouvert de fer pour ne pas être sectionné par un coup d’épée. Quand l’angon était planté dans le bouclier d’un ennemi, ses crocs anti-retour rendaient l’arrachement impossible ; il restait pendu, balayant bêtement la terre de son extrémité libre. Alors, le Franc qui l’avait jeté s’avançait, posait le pied sur l’angon et pesant de tout son poids il forçait l’adversaire à baisser le bras et à se découvrir la tête, alouette, et éventuellement la poitrine si affinités ; le coup de hache suivait, en toute convivialité bien sûr. Parfois, les Francs attachaient l’angon au bout d’une corde et harponnaient un peu tout ce qui passait. Quand il se plantait dans les côtelettes d’un ennemi, c’était quand même un peu la galère pour le récupérer...
Pour leur part, les Bourguignons entrèrent en Gaule en 406 (c’était un jeudi et il pleuvait) et finirent d’entrer en 413, un 3 juillet à 11 h 15. Ils s’installèrent dans les montagnes du Jura et les pays situés entre la Saône et la Durance ; leurs villes favorites étaient Lyon et Genève. Les Visigoths (“les Goths sages”), les Goths de l’ouest, envahirent tout le Midi de la Gaule, de la Côte d’Azur aux Pyrénées, et à l’intérieur jusqu’à la Loire ; leur capitale était Toulouse. Ces derniers étaient une des deux branches de la nation gothique, les autres Goths étant, vous l’aviez deviné, les Ostrogoths, les “Goths de l’est”.

Déjà implantés en Italie et amenés en Gaule par leur chef Ataülfe (vous prononcez comme ça vous chante, on restera copain quand même), les Visigoths étaient de moeurs plus romanisées que les autres Germains. Ataülfe avait pour ambition de reconstituer un empire qui occuperait la place de l’ancien Empire romain. Il l’appellerait la Gothie et la gouvernerait comme l’empereur Auguste, tout modestement.
Mais le caractère ingouvernable de ces Goths, indécrottables Germains, lui fit renoncer à cette ambition ; il préféra conserver la paix héritée des Romains et imiter les moeurs civilisées de Constantinople. Les sujets galloromains des Visigoths furent gouvernés sans beaucoup d’oppression, les cités furent même plus florissantes que sous les derniers empereurs romains. Le code visigothique, publié par le roi Euric et son fils Alaric, n’est qu’une pâle copie des lois romaines, mais on y retrouve les généreuses intentions du législateur romain. Les Visigoths occupent donc le sud de la Gaule aux cinquième et sixième siècles, et tout se passe sans violence ; ça baigne. Il faut dire que ces Barbares étaient souvent venus sur les terres de l’Empire romain, non pas en envahisseurs, mais en alliés ou en mercenaires qui prenaient du service dans l’armée romaine. Lorsque les Visigoths dépouillèrent les propriétaires gallo-romains, c’étaient en fait des troupes alliées qui s’établissaient dans des garnisons nouvelles et personne n’osa vraiment la ramener.
Les Bourguignons eurent aussi un établissement placide dans les contrées jurassiennes. La tribu bourguignonne comptait soixante mille guerriers, tous des espèces de géants à l’allure terrible, mais d’un caractère très doux. Ils étaient très différents des autres Germains qui considéraient tout travail comme une humiliation ; au contraire, les Bourguignons étaient pour la plupart travailleurs, issus d’un pays couvert de forets ; ils étaient souvent ouvriers du bois, menuisiers ou charpentiers.

Les Gallos-Romains les considéraient plus comme des frères que comme des envahisseurs ; d’ailleurs, vu leur taille, personne ne songeait à leur chercher des noises. Les Bourguignons rédigèrent aussi leurs lois, publiées par les rois Gondebaud et Sigismond à la fin du cinquième siècle. Ces lois sont d’une grande sollicitude envers les Romains, qui sont traités avec une grande déférence.
Bien différents étaient l’attitude et le caractère des Francs, établis depuis deux ou trois siècles sur les bords du Rhin ; ils occupaient en 480 toute la Gaule du nord, depuis le Rhin et l’Escaut jusqu’à la Loire, la Bretagne exceptée.

La loi salique (la loi des Francs Saliens), rédigée à l’époque de Clovis, donne un aperçu de l’ambiance. Le texte comprend quatre cents articles disposés en soixante-dix chapitres, le tout disposé à la bonne franquette, c’est-à-dire dans le plus complet désordre.
La loi salique ne réprime pas les crimes et délits de droit privé ; elle se contente de donner aux victimes le droit de se venger ou d’exiger un prix pour le tort subi. Ce qui frappe d’entrée, c’est que le prix d’un Franc est toujours évalué au double du prix d’un Romain. Malheur aux vaincus ! Ainsi, il faut 100 sous (d’or pardi, c’est le fameux solidus, le fameux anti-bredouille bien connu du prospecteur) pour acheter la mort d’un Romain, mais 200 sous pour celle d’un Franc ! Si un Franc dépouille un Romain, il devra payer 36 sous, mais si c’est un Romain qui dépouille un Franc il devra payer 72 sous ; non mais, qui c’est Raoul !

Environ cent cinquante articles traitent des cas de violence contre les personnes : si quelqu’un frappe un homme à la tête et que le sang coule à terre, il payera 15 sous ; s’il le frappe à la tête de façon à faire sortir trois os, l’homme est mort, mais ça coûte 30 sous ; s’il le frappe de manière que la cervelle se voit et que trois os de dessus la cervelle tombent, il faut donner 45 sous aux héritiers. S’il le frappe entre les cotes et que le coup pénètre à l’intérieur, 30 sous. Si quelqu’un coupe à un autre le pied ou la main, s’il lui crève un oeil, s’il lui tranche l’oreille ou le nez, il payera 400 sous. Si la main n’est pas coupée tout à fait et qu’elle pend, il payera 45 sous ; si elle a été tordue et arrachée 62 sous d’or.
Ainsi de suite, la loi salique nous donne les tarifs de l’époque, mais nous montre aussi les moeurs de l’époque franque : tout était toléré, rien n’était imposé, seul le prix variait.
Les Francs comptaient autant de rois qu’il y avait de tribus, c’est dire que leur énumération n’est pas facile et qu’il vaut mieux abréger si l’on ne veut pas y passer la nuit. Clodion était l’un deux, venant de la ville de Dispargum (Duisbourg, entre Bruxelles et Louvain) ; il occupe ensuite Cambrai. Battu en 431 par le romain Aétius dans la plaine de Lens, il fraternisa avec son vainqueur et lui donna en otage un de ses fils dénommé
Mérovée. Mérovée succède à Clodion puis meurt en 457. Son fils Childéric encore enfant lui succède, mais il est chassé par Egidius, le commandant d’une fédération des Barbares. Vous suivez ? Childéric réapparaît pour combattre Egidius qui meurt à Soissons en 465 ; il reprend le pouvoir des Francs pour combattre les Saxons et les Hérules. Puis la paix s’installe pendant 10 ans. Childéric meurt à son tour en 481 et laisse son fils Clovis pour lui succéder et fonder la véritable nation franque.
C’est à partir de cette époque que débute véritablement le Moyen Age et l’ère des Mérovingiens, mais il faudra attendre deux longs mois au moins pour connaître la suite, et c’est... navrant !

Chargement en cours

Veuillez patienter svp...

RESPECTONS L'ARTICLE L 542 DU CODE DU PATRIMOINE

Art. L 542 : Nul ne peut utiliser du matériel permettant la détection d'objets métalliques, à l'effet de recherches de monuments et d'objets pouvant intéresser la préhistoire, l'histoire, l'art ou l'archéologie, sans avoir aupréalable obtenu une autorisation administrative délivrée en fonction de la qualification du demandeur, ainsi que de la nature et des modalités de recherches. Les contrevenants sont passibles d'amendes de la classe 5. Cette réglementation a pour but la protection des sites archéologiques. Les autorisations de recherches archéologiques effectuées à l'aide de détecteurs de métaux sont à demander au préfet de la région concernée

Nouveau numéro

DETECTION PASSION N° 133 Novembre/Décembre 2017
Couverture
Voir le sommaireAjouter à votre panierVoir toute la collectionAbonnement au magasine

Connectez-vous

Rechercher sur le site